Reine rouge de PalenqueLe site de Palenque, classé par l’UNESCO au patrimoine mondial de l’humanité, est l’un des plus impressionnants de la civilisation Maya. Le véritable nom de la cité-Etat est Lakam Ha’, c’est-à-dire la Source des Grandes Eaux, en référence aux nombreuses sources et cascades qui irriguent l’endroit. Le nom de Palenque est un héritage espagnol, une traduction de Otolum : Terre des Maisons Fortifiées, le nom que les Mayas Chol attribuaient aux vestiges de la cité.

Encerclée par la jungle, elle se trouve au Mexique près du fleuve Usumacinta. Les 9/10èmes de la ville sont encore enfouis sous la jungle épaisse. Les promesses de nouvelles découvertes sont donc nombreuses…

L’âge d’or de cette ville gigantesque est contemporain de nos rois francs, Clotaire et Dagobert (au 7ème siècle de notre ère). Elle comprenait des pyramides, des palais splendides, un aqueduc, de vastes bâtiments administratifs, des temples aux fresques raffinées… et rivalisait de grandeur avec Tikal, immense cité Maya située dans l’actuel Guatemala.

La Pyramide dite « des inscriptions » est le sanctuaire le plus remarquable de Palenque. Ses 27 mètres de hauteur abritent les plus beaux hiéroglyphes mayas jamais découverts. C’est en 1994 qu’une structure longeant cette pyramide (dite du « Temple XIII ») a été explorée. L’un des murs sonnait creux… Une archéologue a donc eu l’intuition de creuser. C’est ainsi qu’elle et son équipe ont eu la fabuleuse surprise d’accéder à un immense couloir conduisant à trois chambres funéraires, l’ensemble étant profondément enfoui dans le ventre de la Terre. Aux frontières de l’inframonde, selon les Mayas… Deux d’entre elles étaient vides, mais la troisième était soigneusement scellée. A l’intérieur se trouvait bien une crypte funéraire. Le tombeau mesurait 4 mètres sur 2,5 mètres, et renfermait un immense sarcophage en calcaire dur, entouré d’objets funéraires en céramique.

Les archéologues troublèrent ainsi 1.300 années de sommeil profond en pénétrant dans ce lieu sacré. Ils découvrirent[1] tout d’abord les restes de deux défunts déposés à même le sol : un adolescent d’une dizaine d’années portant des marques de décapitation, ainsi que celui d’une femme d’une trentaine d’années qui avait subi une extraction du cœur (Documentaire « Le mystère de la Reine rouge » de France 5). Leurs corps n’étaient pas recouverts de poudre rouge contrairement au troisième défunt, celui couché dans le sarcophage. Un sacrifice rituel, visant à accompagner dans l’autre monde la personne reposant dans le sarcophage, est la plus probable des explications. Contrairement aux Aztèques qui pouvaient sacrifier des centaines de victimes en un seul rituel, les mayas n’avaient recours aux immolations humaines que ponctuellement. Pour ce peuple, le sang versé assurait la survie des dieux. En échange, les divinités offraient la pluie qui irriguait les cultures. On trouve d’ailleurs trace d’autres rituels sanglants, mais sans mise à mort, réalisés par la noblesse au profit de toute la communauté : automutilations du pénis, langue percée…

Quant au sarcophage, il était fermé par un bloc de calcaire et une lourde dalle. Un petit trou aménagé en haut du cercueil avait pour office de permettre à l’âme de communiquer avec le monde des vivants. Tout l’intérieur avait été soigneusement recouvert d’une fine poudre rouge de trois millimètres d’épaisseur, du cinabre (sulfure de mercure). Un pigment toxique si tenace que les siècles n’en ont pas altéré l’éclat. Le rouge était une couleur sacrée pour le peuple maya et recouvrait la plupart de leurs temples. Comme en beaucoup d’autres cultures depuis l’aube des temps (la Vénus de Willendorf était peinte en rouge, tout comme de nombreuses tombes dès le paléolithique, y compris chez Néanderthal). De plus, cette poudre métallique ralentissait la décomposition des chairs. Son usage ici désigne un rang social élevé, et c’est ce qui vaudra à cette dépouille le nom de « Reine rouge ». Car son nom n’est pas mentionné, la tombe est étonnamment anonyme. La datation au carbone 14 des ossements de la Reine fut impossible. Une tentative aboutit à une fausse datation (2.500 ans soit -500 avant notre ère), car lors de son inhumation, le corps avait été soigneusement soumis à des substances chimiques (dérivées du pétrole) ayant pour objectif de le préserver le plus longtemps possible.

Nul ne sait s’il s’agissait d’une personne issue de la famille royale. Elle est à ce jour la seule femme Maya ayant été retrouvée inhumée dans un temple. Et les honneurs habituellement réservés aux hommes lui ont été accordés, sans qu’aucune inscription ne la nomme… Cette femme avait la cinquantaine, mesurait 1,58 mètres et a porté des enfants. Son visage était recouvert d’un incroyable masque composé de 119 fragments de malachite, orné d’yeux en obsidienne et en jadéite. Ce travail très fin confère au visage une véritable présence, des lèvres fines et délicates, un regard perçant.

L’absence d’inscriptions permettant d’identifier la femme inhumée pose question. Contemporaine du roi K’inich Janaab Pakal, dit Pakal Ier, on a pensé que la défunte pouvait avoir été sa mère, mais des analyses démontrent qu’elle n’a pas de lien génétique avec le roi. Les spécialistes pensent donc qu’elle a été l’épouse du monarque, inhumé dans un tombeau tout proche. Mais on peut aussi supposer qu’elle a joué un rôle tout autre, encore inconnu. A-t-elle régné avant le roi Pakal ? La richesse des artefacts laissés dans le sarcophage plaide pour un personnage d’importance : bijoux de jade, coiffe, diadème, bracelets de cou et de cheville, couteaux en obsidienne, aiguilles en os, coquillages… Femme issue de la noblesse, elle a subi dès l’enfance une déformation aboutissant à un allongement du crâne au moyen d’attelles et bandages. Le crâne de la défunte comportait un trou important à son sommet, résultat de cette manipulation. L’allongement artificiel de la boite crânienne avait en effet fragilisé la paroi osseuse. Ceci associé à une ostéoporose importante, il est possible que la Dame soit décédée de lésions cérébrales.

La cité Maya a connu deux Pakal. Pakal 1er dit Pakal l’Ancien, et décédé en 612, est mentionné sur des fresques, mais nul ne sait s’il a régné réellement. Pakal dit le second ou encore Pakal le Grand, répond au nom officiel de K’inich Kalaab’ Pakal 1er. Il accéda au trône à l’âge de 12 ans, alors que Palenque était affaiblie par des conflits incessants et dévastateurs. Il régna pendant plus de 70 ans et assura la prospérité, la stabilité de sa cité-Etat. C’est sous son gouvernement que les monuments les plus remarquables furent édifiés. L’immense tombeau de Pakal se trouve tout à côté de celui de la Dame Rouge. Lui aussi a été recouvert de cinabre, et a été inhumé en présence de victimes sacrificielles. Son mausolée a été réalisé à sa demande. La crypte a d’abord été creusée dans la pierre pour accueillir le sarcophage. C’est ensuite que la pyramide a été érigée.  Un escalier de 25 mètres mène au temple, situé au sommet de l’ouvrage.

La mystérieuse Reine Rouge était-elle l’épouse de ce grand roi ? Plusieurs femmes puissantes ont participé à la glorieuse histoire de Palenque. Une femme a même gouverné : Yohl Ik Nal, de l’an 583 à l’an 604, ce qui était rare dans cette culture. Fille du roi Kan Balam Ier, elle est représentée deux fois sur le sarcophage de Pakal, au milieu d’arbres fruitiers, ce qui fait d’elle une ancêtre sacralisée. Mais elle est décédée 100 ans avant la construction de la pyramide de la Reine Rouge. Et les ossements trouvés dans le sarcophage ne semblent pas avoir subi de transfert. Donc il est peu probable que la mystérieuse Dame rouge soit Yohl Ik Nal.

Une autre Dame, sans avoir régné officiellement, a eu une énorme influence à Palenque : Sak K’uk, la mère de Pakal le second. Conformément à la tradition Maya, c’est Sak K’uk elle-même qui a couronné le jeune roi. Cette cérémonie implique d’ailleurs un sacrifice de sang : le jeune homme a dû faire couler son propre sang en s’infligeant des mutilations au pénis, pour assurer la prospérité de la cité et de son peuple. Les écrits ne commencent à mentionner Pakal second qu’à partir de la mort de sa mère. Cette Dame a donc assuré la régence de la cité-Etat pendant 30 ans à la place de son fils. C’est à cette période que Pakal commence à faire ériger les monuments formidables qu’on connait de Palenque.

En 626 Pakal épousa Tzakbu Ajaw, probable princesse d’un royaume allié. Les analyses génétiques ont révélé que la Reine Rouge n’était pas native de Palenque. Après avoir eu 3 enfants, la reine décède à 60 ans, en 672. Son époux régnera encore 11 années. On sait que la Reine rouge a mis au monde plusieurs bébés. Une reconstitution du visage de la Dame rouge a permis de la comparer aux représentations de Tzakbu, et une nette ressemblance a été démontrée. Enfin, de nouvelles études de l’ADN ont pu démontrer que Pakal et la défunte n’étaient pas génétiquement apparentés, ce qui exclut donc sa mère. Seule la découverte de la dépouille de l’un des descendants de Pakal et de Tzakbu permettra de définitivement attribuer le tombeau de la Reine rouge à l’épouse du roi. Ou bien de continuer les recherches pour élucider ce mystère… Rappelons-nous que les 9/10èmes du site restent à explorer !

©Adélise Lapier