Les femmes d’aujourd’hui, celles qui sont en quête de leur entièreté, leur authenticité, renouent avec la puissance et la sensibilité du Féminin, avec leur force sauvage comme leur vulnérabilité.

La Sheela-na-Gig est une figure qui peut nous accompagner tout au long de cette quête ! Divinité préchrétienne, elle s’adresse aussi à nous, femmes du XXIème siècle. Cet archétype est peu connu en France, si ce n’est pour le grotesque de son apparence. On rencontre la Sheela dans de nombreuses églises anglo-saxonnes et bretonnes, mais aussi sur le fronton des portes d’entrée des châteaux ou des maisons. E

Contrairement à de nombreuses déesses païennes, elle n’est pas une figure nourricière : squelettique, quand elle a des seins, ils sont maigres ! Son visage est caricatural, les yeux sont exorbités, sa tête est chauve. Et surtout, Sheela offre à tous la vue de sa vulve disproportionnée et béante sans honte aucune.

Il y a quelques siècles encore, on posait sa main sur la Sheela pour s’assurer chance, guérison, fertilité et protection. Elle est la Cailleach gaëlique, la hag de la légende du roi Niall. La Cailleach est représentée sous les traits d’une vieille femme, une « sorcière » : l’un des multiples visages de la Déesse Mère. La Mère Divine incarne la nature cyclique du Vivant, l’éternel cycle de mort puis renaissance, et donc celui des saisons. Ce visage-là figure la phase « hiver » des cycles naturels. Les anglosaxons ont su conserver vivante la figure sacrée de la « Vieille femme », la Hag des celtes. Dans les légendes, le roi Niall rencontre une vieille femme hideuse qu’il a la sagesse de traiter avec respect et considération. Celle-ci se transforme en belle femme lorsque Niall accepte de l’embrasser, en échange d’un peu d’eau. Il a su honorer l’inéluctabilité des règles du Divin. Bien lui a en a pris, car la Grande Mère incarne aussi La Souveraineté : c’est elle qui fera de lui et de ses descendants les rois d’Irlande.

Les Sheela qui ont survécu aux destructions ont un message pour nous ! Elles nous demandent de nous souvenir de cette époque (Jusqu’au XVIIIème siècle chez les anglo-saxons) où la vulve était un portail vers le sacré, porteuse d’une énergie puissante. Ce temps où le sexe exhibé de Sheela et de chaque femme protégeait du mauvais œil les cultures, les marins, les foyers… Les yonis offertes à la vue du monde apaisaient l’orage, stoppaient le vent et la grêle (Pline l’Ancien), et mettaient fin aux guerres (Plutarque). On n’avait pas encore oublié que les eaux féminines étaient de nature divine, que l’éjaculation des femmes produisait une substance vitale (nommée « liquor vitae » chez les romains) aux vertus rajeunissantes. Le plaisir sexuel en conscience mettait sur la voie de la Connaissance.

La Sheela t’interpelle aujourd’hui pour t’enseigner comment être toi-même tout simplement. Sans masque, sans fard, sans posture, et surtout sans honte ! Oserais-tu, toi, exhiber ton sexe à la vue de tous, telle une Sheela ? Que te raconterait ta pudeur ?

Femme, es-tu fière de ta yoni, prête à la revendiquer ? Ou bien es-tu encore blessée, diminuée par des tabous, voire un semblant de honte ?

 Voici le message que te transmet cette excentrique divinité !

Pars à la rencontre de la Sheela qui vit en toi !

Adélise Lapier

Auteure de « Le réveil des filles de la Déesse »

Ed. Rêve de Femmes

Une version de cet article est parue dans : Revue Rêve de Femmes, numéro 52, page 16

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Image : Sheela Na Gig, Kilpeck church, Herefordshire